Aider les enfants à comprendre et accepter la mort

Gaétan Langlois, psychologue
Commission scolaire de Magog

Comme la mort d’un proche peut être un des événements les plus traumatisants qui affectent l'enfant, il est important de connaître ce qui peut influencer la réaction de l'enfant et comment on peut l'aider dans le processus de deuil. Dans ce sens, la conférence du Dr. Heath est bien documentée et résume les principaux ouvrages sur le sujet.

Il rappelle d’abord qu'il peut y avoir jusqu’à 5% des enfants qui perdent un ou deux parents entre 0 et 15 ans De plus, cette proportion peut être plus élevée dans les milieux socio-économiques moins favorisés.

Au niveau des considérations développementales, il est important de souligner que l'enfant ne peut pas comprendre la mort tant qu'il n'a pas une conception réaliste et logique de la vie, ce qui se produit habituellement aux environs de dix ans. Avant cet âge, l’enfant n'a pas la même conception de la mort que l'adulte et le langage de l'adulte lui est donc difficilement accessible.

Bien sûr, les tout jeunes enfants commencent, même comme bébés, à saisir « l'existence » de façon indépendante de leur être ou, en d'autres mots, ils conçoivent une certaine permanence des objets. Mais cette permanence semble se généraliser aux personnes puisque, jusque vers 5 ans, les jeunes ne croient pas à l'irréversibilité de la mort. D’autre part l'événement du décès peut être relié de façon magique au lieu ou aux circonstances de son arrivée; ainsi par exemple, l'hôpital peut devenir un lieu à éviter car il cause la mort.

Entre 5 et 9 ans, les enfants commencent à comprendre la mort comme finale, mais ils croient que c'est un événement accidentel plutôt qu’inévitable et ils ne croient pas qu’eux-mêmes peuvent mourir.

En expliquant à l'enfant la mort d’un proche, il faut donc tenir compte de sa capacité de compréhension de l’événement. Il est important que ce soit fait par la personne qui a le meilleur lien affectif avec le jeune et de la façon la plus réaliste possible. En fait, le deuil aura plus de chances d’être bien résolu si les quatre conditions suivantes sont présentes :

  1. la relation parents-enfant était raisonnablement sécurisante avant le décès.
  2. L'enfant reçoit une information réaliste le plus tôt possible après le décès et il reçoit des réponses honnêtes à ses questions.
  3. L'enfant participe au déroulement du deuil de la famille y incluant le salon funéraire et les funérailles s’il le désire.
  4. Un adulte fiable le supporte de façon continue.
Malheureusement, le parent qui reste est lui-même tourmenté affectivement et souvent ne peut pas représenter une ressource adéquate de support. Il faudrait alors pouvoir recourir à des services externes : autre parenté, groupe d'entraide ou professionnel.

Pour fournir un bon support à l'enfant, il faut, en plus de connaître son niveau de compréhension du phénomène vie-mort, connaître les réactions habituelles des enfants au décès d'un proche.

Pour Jewett (1982), les enfants passent par trois étapes de deuil :

Dans la première étape, il y a d'abord comme une réaction de choc au cours de laquelle les affects sont « engourdis » ; on assiste à une acceptation factuelle et froide de l’événement et le jeune continue à faire ce qu'il faisait antérieurement, mais il le fait de façon mécanique, sans engagement affectif.  Puis l'enfant devient inquiet, voire même alarmé de ce qui pourrait se produire pour lui. Il se demande qui va pouvoir s'occuper de lui, il est insécure, il peut faire de l'insomnie et avoir un système d’immunité affaibli.  Il pourrait aussi refuser de croire au décès et entendre ou voir occasionnellement la personne morte.

Dans une deuxième étape, il est imprégné d’une tristesse majeure. C'est une étape de désespoir plus ou moins longue (jusqu'à 2 ans) qui peut être accompagnée de colère, de culpabilité ou de honte.

Dans une troisième étape, l'enfant a résolu le deuil et il reprend contrôle de ses émotions et de sa vie.

Le deuil peut amener comme conséquence une prédisposition à la dépression mais les données en ce sens ne sont pas concluantes. En fait, la réaction de deuil et ses conséquences sont reliées à des facteurs aussi différents que l’âge de l'enfant, sa stabilité émotionnelle, le sexe de la personne décédée et celui de l'enfant, la nature de la relation avec la personne décédée et la qualité du système de support rendu disponible à l'enfant.

Au plan de l'intervention, on suggère corme mesure préventive d'expliquer le phénomène de la mort aux enfants.   On suggère aussi certaines techniques support pour les professionnels qui fournissent de l’aide aux enfants.  Il est ainsi suggéré de faire exprimer les jeunes en groupe sur leurs émotions à partir des thèmes de la colère, de la joie, de la peur, de la solitude et de la tristesse.  On suggère d’autre part de faire dessiner ces émotions.

Enfin, on souligne l'importance d’être attentif aux manifestations pathologiques du deuil.  Les signes généraux en sont une tristesse d’une intensité et d'une durée anormalement élevée.   D’une façon plus particulière, il peut y avoir persistance de l'anxiété, désir de mourir pour rejoindre la personne aimée, sentiment de blâme ou de culpabilité persistante, comportements agressifs ou destructifs ou encore tendance aux accidents.  Ce sont tous là des indices signifiant un besoin de support individualisé.
 

Références :

HEATH, Charles (1985), Helping Children Understand and Cope with Death, Conférence donnée à:  Annual Meeting of the National Association of School Psychologists.  (Las Vegas,  NV.  April 8-12,  1985) disponible dans le système ERIC, document ED 261 322.

JEWETT,  C. (1982), Helping Children to Cope with Separation and Loss.  Harvard, MA. The Harvard Common Press.

SHOOK HAZEN,  B.  (1986),  Pourquoi  grand-papa ne revient-il pas ? Édition des Deux coqs d'or.