L'ère du vidéo-clip : ses influences sur les jeunes

Caroline Villeneuve, psychologue
C.S. Black-Lake/Disraeli

Le vidéo-clip fait partie des habitudes de vie des jeunes.  À la polyvalente de Black Lake, nous avons voulu en savoir davantage sur les pratiques des adolescents en matière de clips.  Les « clips » sont en pleine expansion. Les jeunes, tout particulièrement les adolescents, s'avèrent de gros consommateurs.  Il ne faut toutefois pas omettre la clientèle des moins de 12 ans qui ont déjà une connaissance approfondie des vidéos existants.  Parlez aux jeunes de "Musique Plus" particulièrement de l'émission « Solid Rock », les yeux s'ouvrent grands et les langues se délient.

Un sondage canadien (1987) estime à 20% la proportion de jeunes âgés entre 15 et 24 ans qui écoutent quotidiennement des émissions de vidéoclips, et parmi ceux-ci, il y a sur-représentation des consommateurs masculins (Gouvernement du Canada, 1987).  De plus, on y révèle que peu de jeunes reconnaissent que ces expériences télévisuelles ont un impact sur leur vie. Par ailleurs, une enquête québécoise a démontré que 97% des 12-17 ans regardent les clips en y consacrant de 15 minutes à 10 heures par semaine. La moyenne se situe à 4 heures/semaine, ce qui se traduit par une soixantaine de clips (Leblanc, F., 1987).  La raison d’un tel engouement ?  Les effets spéciaux dont raffolent les jeunes et... les images affichant leurs idoles, bien sûr ! Pourquoi les jeunes s'intéressent-ils tant à cette question alors qu’une multitude d’autres problèmes les concernent  aujourd'hui ? Si l'on compare le temps passé devant les clips à celui passé à communiquer avec les personnes significatives de leur entourage, on peut dire que les clips occupent tout un espace dans la vie des jeunes. On peut s'interroger sur leur impact dans les différentes sphères de la vie des jeunes, plus particulièrement dans la construction de leur identité et de leurs rapports avec autrui.
 

ASPECTS TECHNIQUES DU VIDÉO-CLIP

Il y aurait peu de correspondance entre l'image et le son...

Quelques mots sur les particularités de construction des vidéoclips. D'abord, il s'agit de « mini-films » d’une durée moyenne de 3 minutes 50 secondes.  Ceux-ci ont différents genres et revêtent différentes formes. En général, le clip raconte de façon plus ou moins fantaisiste un véritable petit récit (Hélène, de Rock Voisine). Il peut s’agir parfois de parodies et de satires (Rock & Belles Oreilles), à connotation pornographique (Robert Palmer). D'autres styles font lentement leur apparition : le "fantastique", l’engagement social (Phil Collins, Martine St-Clair, Michel Rivard), le style avant-gardiste (Paula Abdul, Opposite Abstract) où l’on fait usage de la bande dessinée et toute autre utilisation de type expérimental.

Il est bon de noter qu'il est plutôt rare qu'image et son soient directement liés l'un à l’autre, c’est-à-dire que la bande vidéo soit l'illustration directe des paroles de la chanson.  On préfère avoir recours à des images qui possèdent un pouvoir d’association plus ou moins direct avec le son qui sert d’inducteur (Gouvernement du Québec, 1988).
 

Et la forme...

Quant aux stratégies pour "faire passer les messages", il en va des plans, du cadrage, des accessoires, etc. qui, bien souvent, font valoir certaines parties du corps. L’objectif visé est d'atteindre l'inconscient en transmettant sous forme de « flash », dans une atmosphère de rêve, une série d'images sujettes à interprétations.
 

L'INFLUENCE DES CLIPS SUR LES JEUNES

Un vidéo-clip sur deux serait sexiste... Une étude commandée par le Conseil du statut de la femme du Québec, réalisée par une équipe de chercheurs du Département des littératures de l’Université Laval, a permis de chiffrer certains faits qu’une observation attentive laissait présager (Leblanc, F. 1987). 221 vidéo-clips ont été analysés. Je livre ici certains résultats en vrac :

L’EXPÉRIENCE TENTEE A LA POLYVALENTE DE BLACK-LAKE

Les clips, c'est plus que des images  !

Lors d'une semaine du "Mieux-Vivre" tenue en février à la polyvalente de Black-Lake, un atelier de sensibilisation aux influences des vidéoclips fut offert aux jeunes. Parmi les divers ateliers au programme, c’est celui qui a rejoint le plus grand nombre d’adeptes : nous avons même dû refuser un certains nombre d’inscrits. J’ai co-animé cet atelier et l’expérience nous a permis de situer les jeunes quant à leurs pratiques, de connaître leurs perceptions quant aux effets possibles des clips et enfin d’amorcer chez ces derniers une réflexion critique - pas nécessairement négative - sur leurs  habitudes télévisuelles. Je vous fais part de nos principaux constats :

QUEL RÔLE PEUT-ON JOUER ?

Les jeunes et les vidéos:  ça clip !

On a déjà avancé l'idée que si les jeunes accrochent tant aux clips, c'est qu'ils y retrouvent un moyen d’atomiser le moment présent et même l'avenir... d'une génération confrontée au « no future »  (Conseil du statut de la femme, 1988).  Oublions quelques instants les clips et pensons aux enfants qui s’installent pendant des heures devant les jeux vidéos.  Avez-vous remarquée que certains en ont fait un mode systématique d’évitement à des situations confrontantes ou à toute le moins désagréables.   À une période où le jeune se construit une identité, est à la recherche de modèles, élabore un système de valeurs, fait des choix, il est bon de s‘interroger sur les effets des « stéréoclips » qui dressent un tableau où il n’y a de place que pour qui est jeune, beau et riche et où le racisme, le sexisme et la facilité sont omniprésents...

En tant qu'intervenants, je crois que nous avons un mandat. Loin de chercher à décourager chez les jeunes le visionnement des clips ou de leur faire la morale, je pense qu'il y a là un moyen de les atteindre et de susciter discussions et débats qui, en d'autres circonstances, les accrochent peu. Entre autres moyens, il peut être intéressant de lancer un concours permettant aux jeunes de dénoncer certaines attitudes qu’ils jugent négatives ou incorrectes, et de former les jeunes pour qu'ils deviennent davantage critiques en matière de vidéoclips ("savoir ce qu'on consomme").  Nous avons tenté l'expérience avec les plus âgés (Sec. 5) à partir d’une grille d’analyse que nous avons conçue et l'expérience fut pertinente. Les cours de formation personnelle et sociale offre un contexte intéressant. Enfin, on peut penser à habiliter les parents, à utiliser  les contenus des clips pour déclencher des  discussions qui,  à froid, sont parfois pénibles...
 

Références :

1.  La Fondation canadienne de la jeunesse  (1987),  La jeunesse du Canada, « tout à fait contemporaine », sondage exhaustif des 15-24 ans, Gouvernement du Canada, Ottawa, Canada.

2.  Leblanc,  F.  & al.,  (1987), Recherche exploratoire effectuée auprés des jeunes sur le sexisme et la violence dans les vidéo-clips, Québec, Conseil du statut de la femme, avril 1987.

3.  Conseil du statut de la femme,  (1988), Sexisme dans les vidéoclips à la télévision Gouvernement du Québec, Bibliothèque Nationale du Québec, 82 pages.

4.  Conseil du statut de la femme,  (1988), Les vidéo-clips sont-ils sexistes dans La gazette des femmes, vol. 10 (3), sept./oct. 1988.