Faisant suite aux articles déjà parus dans le bulletin du GIPS à propos de la neuropsychologie en milieu scolaire, j'aimerais vous faire part de quelques opinions personnelles.
Mon intérêt pour la neuropsychologie m'a amené, il y a deux ans, à faire un stage à l’Hôpital Marie-Enfant. J’ai participé alors à l’évaluation d'enfants traumatisés crâniens ou ayant été atteints gravement par différentes maladies.
A la suite de cette expérience, je suis revenu en milieu scolaire avec la conviction qu'une évaluation approfondie de certains types d'enfants est nécessaire et permet d'arriver à des recommandations précises et utiles. Ici, je pense particulièrement aux enfants ayant souffert d’encéphalite, de traumatisme crânien, d'anoxie ou nés de mère souffrant d’un problème d’intoxication durant la grossesse. D’autres enfants, dont les problèmes ne peuvent pas toujours être reliés de façon claire à des causes neurologiques, peuvent également profiter de ce type d’évaluation, notamment les dysphasiques, certains autistiques et ceux ayant divers troubles sévères de développement.
Il est certain qu'une évaluation approfondie est coûteuse en temps. Il faut penser que la passation des tests peut durer facilement de huit à dix heures. La correction, l’interprétation des résultats et la rédaction du rapport peut en prendre autant. Cependant, tout ceci peut permettre de mieux comprendre les forces et les faiblesses de l'enfant et d'agir en conséquence.
Un autre problème relié aux évaluations neuropsychologiques réside dans le manque de ressources accessibles. En milieu hospitalier, les listes d'attente sont longues ou non disponibles à des références extérieures. En privé, les psychologues spécialisés sont rares et les coûts élevés pour les parents. A mon avis, le milieu scolaire aurait avantage à développer ses propres ressources pour combler ses besoins particuliers en évaluation. Le fait que certains parents demandent des justifications de plus en plus précises face a l’orientation de leur enfant en adaptation scolaire et aussi le fait que les procès se multiplient sur ce sujet justifient la nécessité d’évaluations approfondies tant aux plans cognitif qu'affectif.
L'autre volet de mes réflexions concerne ce qui pourrait être utile au psychologue scolaire dans la façon d’évaluer du neuropsychologue.
L'aspect qui me paraît le plus important est la méthode plus analytique que synthétique qui caractérise la neuropsychologie. Il s'agit alors d'isoler davantage les fonctions cognitives, soit par des épreuves spécifiques, soit par un "testing de limites" de tests conventionnels. Ceci permettrait de mieux voir les déficits et les forces du profil intellectuel. Parmi les différentes fonctions visées par une évaluation complète, nous pourrions nous limiter, en milieu scolaire, à un certain nombre ayant une incidence plus directe sur les apprentissages. Mon choix personnel concerne l’attention verbale et visuelle, la mémoire verbale et visuelle, les fonctions cognitives verbales et visuo-spatiales. Précisons que cette façon plus analytique d’évaluer n’élimine pas l'aspect synthétique où l’examinateur doit faire différents recoupements entre les résultats obtenus.
Dans la même optique, il est nécessaire alors de prendre connaissance de la variété des épreuves utilisées le plus couramment en neuropsychologie pour choisir au besoin une ou plusieurs tâches qui viendront préciser notre évaluation de base. Ceci avec l’objectif, non pas de prouver l'existence d'une dysfonction cérébrale, mais de mieux décrire les comportements cognitifs de l’élève. Par ailleurs, l'approche neuropsychologique peut nous aider à mieux utiliser nos tests usuels comme le WlSC-R en intégrant un « testing de limites » à certains sous-tests. Par exemple, la tâche de substitution peut devenir plus clairement une mesure d’attention soutenue si nous tenons compte de la performance du sujet à toutes les 30 secondes. Ainsi, nous pouvons voir les variations ou, au contraire, la régularité du rendement. Le sous-test arithmétique du WlSC-R peut être rendu plus spécifique lui aussi, si l’élève y fait preuve de faiblesses. C’est ainsi qu’après la passation standardisée, on reprend les items manqués en les faisant lire au sujet et en laissant les données devant lui. Nous pouvons nous attendre à plus de succès si la difficulté en est une de rétention des données. En cas de nouvel échec, nous permettons l'usage du crayon et du papier pour vérifier la logique et la connaissance des opérations mathématiques. Ainsi, nous aurons une meilleure idée d'un des facteurs qui peut entraver la performance en mathématique et nous pourrons augmenter la précision de notre rapport d’évaluation.
En résumé, je pense qu’il faut aller chercher et adapter dans l'approche neuropsychologique ce qui peut nous être utile en psychologie scolaire. De cette façon, nous pourrons confirmer et accroître notre rôle de façon utile dans l’évaluation des troubles d'apprentissage.