Par: Louise
Trudel, psychologue
Commission scolaire Morilac
La notion de phobie scolaire a fait son apparition dans la littérature dans les années 40. À cette époque, on a interprété le refus scolaire comme résultant d'une angoisse de séparation des figures parentales, surtout de la mère, parce que la relation mère-enfant aurait été symbiotique. C'était la grande époque de l'école psychodynamique. Dans les années 60, le béhaviorisme a redéfini le concept comme étant "un comportement d'évitement motivé par une peur intense de la situation scolaire et maintenu par des renforcements secondaires". La phobie scolaire est devenue une phobie simple spécifique. Toutefois, bien que les 2 conceptions (psychodynamique et behaviorale) n'aient jamais été conciliées dans une même définition, les cliniciens et les chercheurs les interchangent. Selon les DSM-III et IV, le refus de fréquentation scolaire peut être diagnostiqué, soit comme un trouble d'angoisse de séparation (Separation Anxiety Disorder) ou soit comme une phobie simple spécifique. De cette labilité diagnostique résulte une confusion dans les études portant sur les phobies scolaires. Ces mêmes études présentent plusieurs faiblesses au plan méthodologique. On ne peut donc généraliser les résultats obtenus, surtout en ce qui concerne une réelle angoisse d'être séparé du milieu familial.
Les auteurs questionnent l'appellation de phobie scolaire et se demandent si c'est bien une phobie i.e. une peur excessive, irrationnelle et spécifique, provoquant des comportements d'évitement. Dans une étude antérieure (1993), ils ont tenté d'évaluer l'intensité de la peur d'enfants refusant d'aller à l'école et l'ont comparée à celle d'autres enfants. Les résultats obtenus indiquent que ces enfants rapportent avoir davantage peur d'aller à l'école que les autres, mais ils n'indiquent toutefois pas une peur excessive comme l'exige le diagnostic d'une phobie. De plus, on retrouve chez ce groupe d'autres peurs de même intensité (ex. : la mort, les incendies, aller à l'hôpital, les cauchemars) qui ne sont pas considérées comme des phobies par les cliniciens.
Plusieurs auteurs des années 80 et 90 croient que l'anxiété générale est prédominante chez ce groupe d'enfants. La peur de l'école ne serait donc pas la caractéristique principale de cette population. En fait, ces enfants vivraient plutôt des affects négatifs (anxiété, dépression, baisse de l'estime de soi) qu'ils relieraient au monde scolaire.
Le terme "phobie scolaire" est requestionné également, puisque selon la définition du terme "phobie", la peur doit être liée à un objet spécifique. Or, l'école est un ensemble de stimuli. Savoir qu'un enfant a une phobie scolaire donne peu d'informations sur l'objet de sa peur. À partir de données recueillies auprès d'enfants, de parents et de cliniciens, les auteurs avancent l'idée que, plus qu'un objet tangible spécifique, ces enfants craindraient les situations sociales et craindraient d'être jugés, évalués, de ne pas être appropriés devant les autres. Plutôt que de parler de phobie scolaire, il serait plus approprié de parler d'un "évitement d'un stimulus provoquant un état émotif négatif ou d'une situation sociale-évaluative aversive dans le cadre scolaire".
À partir de ces données sur la phobie scolaire, les auteurs proposent de porter une attention particulière à l'évaluation de l'anxiété et de la dépression ainsi qu'aux événements scolaires de nature sociale-évaluative plutôt que d'axer l'évaluation sur la peur de l'école. Ils suggèrent de mener une évaluation attentive et détaillée de cette population afin d'identifier la fonction spécifique du refus scolaire et de pouvoir ainsi déterminer des objectifs pertinents de traitement. Il s'agit d'abord d'effectuer un dépistage des enfants vivant des craintes à fréquenter l'école pour identifier les cas où le refus scolaire résulte d'un autre problème (ex. : dépression sévère, comportement d'opposition, trouble d'apprentissage). Dans les cas où le refus scolaire est la difficulté première, il s'agit de discriminer ceux qui évitent un stimulus provoquant en eux un état émotif négatif de ceux qui désirent éviter une situation sociale-évaluative. Les auteurs recommandent d'employer une variété de procédures pour corroborer ce diagnostic (entrevues et questionnaires à l'enfant, aux parents et aux enseignants). Cette façon de procéder permet d'obtenir un portrait détaillé de l'enfant, ce qui est beaucoup plus aidant pour le traitement que ne l'est le diagnostic de phobie scolaire. Le traitement prescrit doit découler directement du portrait obtenu.
- Pour les enfants qui cherchent à éviter un stimulus provoquant en eux un état émotif, les auteurs suggèrent une thérapie basée sur la désensibilisation systématique et immédiate (dans les cas aigus) ou une exposition graduelle à la situation scolaire. Pour plusieurs de ces enfants, le sentiment d'inconfort n'est pas relié à un stimulus particulier. Des techniques de relaxation peuvent être enseignées et, dans les cas extrêmes, une médication anxiolytique ou antidépressive peut être prescrite.
- Dans les cas d'aversion sociale-évaluative, les auteurs suggèrent des jeux de rôles pour développer les habiletés sociales et une thérapie cognitive pour travailler les distorsions de la pensée (ex. : peur d'être ridicule, d'être rejeté, de décevoir parents et enseignants).
- Pour les enfants dont le refus scolaire est un moyen d'obtenir de l'attention, l'intervention est faite auprès des parents, sous forme d'entraînement à certaines habiletés (ex. : renforcement des comportements scolaires appropriés, mise en place de règles claires, retrait de l'attention pour les comportements inacceptables).
- Enfin, dans les cas d'enfants qui refusent d'aller à l'école parce qu'ils obtiennent des renforcements positifs tangibles, les auteurs recommandent une thérapie familiale et la mise en place de contrats. L'intervention doit viser à réduire le conflit familial, à augmenter les incitations à la fréquentation scolaire et à diminuer les renforcements positifs du refus scolaire.
Il est évidemment possible de rencontrer des cas mixtes, il faut alors en tenir compte dans le plan de traitement proposé.