Par : Charles Robitaille, psychologue
Centre Psycho-Pédagogique
de Québec Inc
Contrairement à la croyance populaire, ce ne sont pas tous les individus touchés par les troubles déficitaires de l'attention (TDA) qui présentent des manifestations d'hyperactivité ou d'impulsivité. Contrairement à ce qu'on a longtemps cru, plusieurs enfants, adolescents ou adultes présentant un trouble déficitaire de l'attention ne présentent aucune manifestation de l'hyperactivité. Leurs problèmes n'en sont pas pour autant moins importants et ils éprouvent souvent de grandes difficultés à être attentifs, à se mettre au travail, à s'organiser, à ne pas disperser ou perdre leur matériel, à demeurer centrés sur l'activité qu'ils avaient planifiée, à ignorer les éléments distrayants dans l'environnement, à terminer leurs tâches ou ils ont toutes sortes d'autres problèmes associés au déficit attentionnel.
Les recherches ont permis d'établir que les troubles attentionnels peuvent être regroupés en trois grandes catégories :
Le DSM-IV énumère des critères bien précis pour poser le diagnostic d'un des trois sous-types du trouble déficitaire de l'attention/hyperactivité (TDAH ou ADHD en anglais). L'identification du déficit de l'attention est basée sur l'observation de neuf manifestations du déficit attentionnel.
Il est important de souligner que l'étiquette diagnostique pour
les individus qui ne présentent pas suffisamment d'hyperactivité
ou d'impulsivité est TDAH avec prédominance de déficit
attentionnel plutôt que TDAH sans hyperactivité, de sorte
que certaines manifestations d'hyperactivité ou d'impulsivité
peuvent toujours être présentes, mais pas dans une proportion
suffisante pour qu'il soit possible de parler d'un trouble de type combiné.
Cette nuance est aussi valable pour les individus présentant le
TDAH avec prédominance d'impulsivité et d'hyperactivité.
Mieux comprendre la prédominance du TDA
Certains déficits sont typiquement retrouvés chez les individus présentants le TDAH avec prédominance de déficit attentionnel (TDAH-DA). Ils ne leur sont pas propres, mais font souvent partie du portrait clinique :
Difficulté à se mettre à la tâche
Un des grands obstacles auquel doivent faire face plusieurs individus TDAH-DA est une grande difficulté, persistant dans le temps, à se mettre à la tâche pour des activités nécessitant un effort mental soutenu (concentration - orienter son attention).
Pour les enfants et les adolescents, ces difficultés se manifestent par une lenteur à commencer leurs travaux scolaires, tant en classe qu'à la maison. Les enseignants les reconnaîtront comme lunatiques ou rêveurs. Ces jeunes ont besoin d'un coup de pouce pour se mettre au travail ainsi qu'un encadrement plus serré afin de mieux gérer et planifier leur temps et leur travail.
Chez l'adulte, on reconnaît ces difficultés par le fait qu'ils remettent souvent au lendemain, de façon répétitive, leurs responsabilités, tant au niveau familial qu'en ce qui concerne leur travail. Ce mécanisme de remise au lendemain se manifeste même s'ils reconnaissent l'importance de la réalisation rapide de la tâche. Ils peuvent aussi éviter, de façon chronique, les tâches faisant appel à une planification ou à un effort mental soutenu. Ils reportent ainsi leur travail jusqu'au point où ils doivent y consacrer des nuits blanches pour arriver dans les échéances fixées.
Difficulté à l'effort et au maintien d'un état d'éveil actif
Soutenir l'attention durant une longue période, fournir un effort prolongé pour mener une tâche à terme constituent aussi un défi important pour l'individu présentant un TDAH-DA. Ceux-ci rapportent que les tâches deviennent vite ennuyeuses ou qu'ils se sentent vite fatigués de travailler (sans raison physique apparente). En classe, les enfants semblent endormis ou fatigués, ils sont sujets à la rêverie. Les adolescents et les adultes ont tendance à «planter des clous» et à avoir de la difficulté à combattre la somnolence pendant leurs activités. Les performances au travail de ces individus sont donc souvent affectées. Par exemple, un élève verra les notes scolaires varier énormément d'une étape à l'autre. Dans plusieurs cas, les TDAH-DA seront incapables de compléter les tâches qu'ils ont souvent entreprises avec enthousiasme.
Mémoire à court terme défaillante
Bien que dans plusieurs cas la mémoire à long terme des TDAH-DA soit très adéquate, certains d'entre eux rapportent des difficultés chroniques au niveau du fonctionnement de leur mémoire à court terme. Ils égarent régulièrement des choses, oublient ce qu'ils allaient faire ou dire, et ce qu'ils viennent de lire ou d'écouter, spécialement s'ils tentent de mémoriser ces événements tout en faisant autre chose.
Manifestation irrégulière des symptômes
Lors de l’évaluation diagnostique du TDAH-DA, il faudra prendre
en considération que les symptômes se manifestent souvent
de façon très irrégulière. La majorité
des individus atteints manifestent une vigilance et une attention soutenue
dans certaines activités. Leur attention est alors stimulée,
soit par la nouveauté de l’activité, soit par le très
grand intérêt que présente cette activité. On
retrouvera parmi ces activités des loisirs tels les sports, les
jeux vidéo, l’informatique, le dessin ou la peinture. Simultanément,
ces individus présenteront probablement un déficit marqué
de l’attention pour des tâches routinières. Ils auront, entre
autres, de la difficulté à compléter ces tâches,
même s’ils les jugent importantes et pressantes.
L’identification des TDAH-DA
L’identification des individus présentant le trouble déficitaire de l’attention avec prédominance de déficit attentionnel nécessite une évaluation attentive et sérieuse. Les informations recueillies devront concorder avec les critères élaborés dans le DSM--IV.
Les données diagnostiques devront provenir de différentes sources et faire appel à des méthodes de collecte diversifiées. Les médecins, les professionnels en santé mentale, les psychologues, les enseignants, la famille et l’individu lui-même devront être consultés. Pour les enfants et les adolescents, le dossier scolaire, des questionnaires aux parents, une histoire médicale ainsi que les résultats obtenus à différents tests pourront être mis à contribution. L’utilisation d’épreuves psychométriques ou de questionnaires structurés devra aussi être envisagée. Une certaine prudence s’impose cependant en ce qui concerne l’utilisation de questionnaires d’observation du comportement puisque la majorité d’entre eux ont été construits en tenant davantage compte des manifestations de l’impulsivité et de l’hyperactivité que des déficits attentionnels.
Il faudra être à l’affût des manifestations spécifiques
du trouble déjà mentionné dans ce texte. Diverses
causes possibles des déficits attentionnels devront aussi être
vérifiées. Des problèmes émotifs tels l’anxiété
et la dépression peuvent aussi provoquer une fatigue excessive,
une perte d’énergie, une concentration faible ou de l'innatention.
Certains problèmes médicaux sont aussi associés à
ces symptômes, il faudra donc toujours s’interroger sur la comorbidité
du TDAH-DA avec d’autres désordres ou troubles.
Le traitement des individus atteint du TDAH-DA
L’adaptation de l’intervention en fonction de chaque individu est la clef du succès. Une approche multimodale pouvant inclure la modification du comportement, une rééducation, de la thérapie et, si nécessaire, l’utilisation de médication, est recommandée pour les TDAH-DA.
La compréhension du problème par les personnes atteintes mais aussi par leur famille et leurs proches est généralement très aidante. Plusieurs vidéos et volumes sont disponibles sur le sujet (du moins en anglais et aux U.S.A....) et peuvent être utilisés dans la perspective d’une meilleure information de l’individu atteint et de son entourage.
Généralement, le TDAH-DA, ainsi que sa famille, bénéficient grandement de thérapie. Ces thérapies doivent viser à développer des habiletés spécifiques telles que : apprendre à se fixer des objectifs spécifiques et réalistes et favoriser l’organisation générale, la socialisation et le développement personnel.
Les médications comme le Ritalin, le Dexédrin ou autres
psychostimulants aident généralement à réduire
la manifestation des symptômes des troubles de l’attention. Dans
certains cas, des antidépresseurs peuvent aussi être utilisés
auprès de ces individus. Quoi qu’il en soit, il faudra consulter
un médecin spécialiste avant d’envisager ce type d'intervention.
Ajustement du milieu scolaire ou de travail
Dans plusieurs cas, les élèves et étudiants bénéficient
grandement d’une adaptation du milieu scolaire en fonction de leurs difficultés.
Il en est de même pour le travail avec les adultes.
Les adaptations du milieu scolaire peuvent inclure les interventions
suivantes :
Conclusion
Il est maintenant reconnu que de trois à cinq pour cent des jeunes d’âge scolaire présentent un trouble déficitaire de l’attention (TDA) plus ou moins spécifique. La proportion d’entre eux qui présentent un trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité avec prédominance de déficit attentionnel (TDAH-AD) n’a cependant pas encore été établie précisément. On croit cependant que ce serait environ le tiers d’entre eux.
Comme les manifestations de l’hyperactivité et de l’impulsivité sont beaucoup plus facilement observables que ne sont celles du déficit attentionnel, on peut avoir tendance à laisser pour compte ceux qui sont calmes, silencieux et inattentifs. Il en découle que plusieurs TDAH--DA ne sont identifiés comme présentant réellement des difficultés que très tardivement, quand ils le sont.
Il faut donc devenir plus attentif à ces troubles afin de les dépister de plus en plus jeunes et ainsi pouvoir intervenir de façon plus précoce et efficace.