VIOLENCE À LA TÉLÉVISION : IMPLICATION POUR LA PRÉVENTION

par Louise Trudel, psychologue
     Commission scolaire catholique de Sherbrooke

Titre : Television Violence : Implications for Violence Prevention
Auteurs : Hugues, Jan N. et Hasbrouck Jan E.
Source : Source Psychology Review, Vol.25, p.134-151, 1996



 Aux États-Unis, l’impact de la violence télévisuelle sur les comportements des jeunes est un sujet d’intérêt depuis plusieurs années. Les chercheurs s’entendent pour dire qu’il y a un lien bidirectionnel plutôt que linéaire : on cherche donc à mieux comprendre les relations entre violence télévisuelle, comportement agressif et autres facteurs individuels et environnementaux. Et ce d’autant plus que le taux de crimes violents dans la société américaine est à la hausse et de façon encore plus importante chez les jeunes. C’est alarmant puisque les comportements d’agression durant l’enfance sont de bons prédicteurs de comportements criminels à l’âge adulte.

 La violence télévisuelle est encore plus importante que celle vue en société. À son entrée à l’école, un enfant aura vu près de 8 000 meurtres et 100 000 autres actes de violence. Les enfants de deux à 11 ans passent en moyenne 28 heures/semaine devant la télévision : c’est plus que toutes autres activités sauf le sommeil. Dans les milieux défavorisés, c’est encore plus puisqu’ils ont peu de possibilités de s’offrir des loisirs alternatifs.

 Comprendre le rôle de la télévision dans le développement des comportements agressifs et dans la façon d’atténuer ses effets négatifs est donc nécessaire. La législation américaine est assez prudente concernant la censure de la programmation, en partie parce que les chercheurs divergent d’opinion quant à l’importance de l’impact de la télévision.

 Les auteurs de cet article ont répertorié une multitude de recherches sur le sujet. Des études en laboratoire ont démontré que les enfants ayant visionné un film violent imitaient les comportements des héros et étaient plus agressifs lors de leurs jeux libres. Des recherches corrélationnelles ont démontré que les comportements agressifs sont multidéterminés et que le visionnement d’émissions violentes contribue significativement et indépendamment des autres variables. Des études longitudinales ont mis en lumière que la préférence pour des émissions violentes quand on est enfant est un bon prédicteur de comportements violents à l’âge adulte. Les résultats des multiples recherches sont donc consistants. On conclut que l’agressivité et la violence télévisuelle sont réciproquement déterminées, c’est-à-dire que l’enfant agressif choisit davantage des émissions violentes et cela maintient et augmente son niveau d’agressivité initial. Cette conclusion va dans le même sens que les théories développementales et les théories socio-cognitives des troubles du comportement.

 Selon la perspective développementale, l’agressivité chez l’enfant est le résultat de l’interaction de facteurs internes (tempérament, intelligence) et environnementaux (famille, voisinage, école). Les premières expériences de socialisation sont déterminantes sur l’apprentissage de l’agressivité comme mode de résolution de conflit avec les pairs. L’enfant qui utilise l’agression peut obtenir à court terme des résultats intéressants : il obtient ce qu’il veut car les autres le craignent. À long terme toutefois, il est rejeté de ses pairs; il a donc de moins en moins d’occasions d’apprendre de meilleures habiletés sociales. De plus, il reçoit des réactions négatives des autres, ce qui contribue à lui confirmer qu’il a raison de se défendre contre un environnement hostile. C’est le cercle vicieux de l’agression et du rejet qui se renforcent mutuellement.

 C’est ce type d’enfant qui serait le plus vulnérable aux effets de la télévision. Il a plus tendance à choisir des émissions violentes qui influencent ses attitudes et ses croyances vis-à-vis les comportements agressifs. Il s’identifie à l’agresseur, il est rassuré sur la pertinence de ses propres comportements et il apprend de nouvelles méthodes qu’il met en pratique auprès de ses pairs.

 Selon le modèle socio-cognitif, l’enfant est un auditeur actif. Ses croyances, ses attitudes, ses cognitions sur les relations interpersonnelles se construisent par ce qu’il expérimente, incluant la télévision. Les enfants agressifs ont des cognitions sociales qui leur sont propres, soit :

 La télévision aura moins d’impact sur l’enfant si dans sa vie réelle on punit l’agression et on renforce les comportements prosociaux, s’il s’identifie à des normes prosociales (ex. : succès scolaire, choix de pairs prosociaux) et s’il reçoit un soutien parental adéquat soit chaleureux et encadrant.

 Les auteurs se sont également intéressés aux programmes de prévention en lien avec la télévision. Il faut à la fois des interventions qui s’adressent à la population générale et des interventions spécifiques pour les enfants plus à risque de développer des problèmes de comportement agressif.

 Évidemment pour réduire l’incidence de la violence dans la société, il est nécessaire de s’adresser aux causes sociales, psychologiques et économiques mais le propos de cet article se limite aux stratégies propres aux médias. Cela prend deux formes soit :

 Les programmes de prévention sélective s’adressent aux enfants agressifs. Pour être efficace, on doit cibler les enfants le plus tôt possible pour diminuer le développement des comportements agressifs et antisociaux. On doit s’adresser à de multiples facteurs qui influencent quotidiennement l’enfant, soit sa famille, ses pairs, l’école, la communauté, les médias. On doit également intervenir aux moments-clés, quand les interventions ont plus de probabilité d’avoir un impact (enfance et adolescence).

 Les programmes doivent viser à augmenter la capacité d’empathie, la connaissance de stratégies prosociales dans la résolution de conflits et diminuer la croyance à l’effet que l’agression procure des résultats positifs. On suggère des moyens tels que des discussions autour de dilemmes moraux, des programmes d’entraînement aux habiletés sociales et des programmes pour les parents dont une partie porterait sur les effets négatifs de la télévision et l’identification d’activités alternatives.

 Les auteurs concluent que la télévision n’est pas la cause directe des comportements agressifs mais un facteur de risque en lien avec d’autres. Réduire la violence dans la société requiert une volonté politique de changer certaines règles et l’engagement de tous.

 Les psychologues scolaires peuvent y jouer un rôle important. Ils sont bien placés pour éduquer le public sur les effets de la violence des médias. Ils peuvent démystifier certains mythes populaires tels que :

Les psychologues scolaires peuvent évidemment jouer un rôle important dans la réduction de la violence à l’école en influençant les pratiques disciplinaires en matière d’agression aussi bien qu’en visant l’implantation de programmes d’interventions pour les individus à risque.