Il existe une croyance populaire entourant le TDA/H chez les enfants.
Il semblerait que les troubles d’attention, d’impulsivité et d’agitation
auraient tendance à se dissiper lorsque ces enfants regardent la
télévision ou jouent à des jeux vidéos. En
effet, lors d’entretiens cliniques, les parents affirment souvent que leur
enfant ne peut se concentrer que quelques minutes en classe. Cependant,
ces mêmes enfants peuvent rester " collés " devant l’écran
de télévision lorsqu’ils regardent des dessins animés
ou lorsqu’ils jouent à des jeux vidéos. Ainsi, depuis quelques
années, les chercheurs ont posé l’hypothèse que les
troubles cognitifs et comportementaux dans le TDA/H seraient dus à
un déficit " motivationnel ".
La télévision et les jeux vidéos à l’enfance
La télévision et les jeux vidéos offrent aux enfants de s’évader temporairement des préoccupations quotidiennes. Le jeu vidéo diffère de la télévision, car il est un médium interactif. Il permet au joueur de s’engager activement dans le scénario présenté et de contrôler l’environnement. De son côté, la télévision est davantage un médium passif, le téléspectateur n’a aucun contrôle sur les scènes présentées.
Les films et les téléromans présentés à la télévision comportent souvent des scènes de violence. Il existe deux modèles théoriques qui expliquent l’impact d’une écoute fréquente d’émissions violentes : la théorie de la stimulation et la théorie de la catharsis. La première théorie stipule que les individus qui regardent des émissions violentes risquent de manifester plus de comportements agressifs dans la vie quotidienne. D’un autre côté, la théorie de la catharsis propose que le fait de voir de la violence réduit le désir de se comporter agressivement. En général, les recherches tendent à supporter la théorie de la stimulation, mais un débat perdure toujours sur cette question.
En ce qui concerne les jeux vidéos, des études sur le
développement de l’enfant suggèrent que le fait de jouer
à des jeux vidéos violents peut temporairement augmenter
la probabilité de réagir de manière agressive tout
en diminuant les comportements prosociaux. Les jeunes enfants sembleraient
plus vulnérables à cette influence, mais l’état des
recherches actuelles ne permet pas d’affirmer si l’agressivité perdure
plus tard dans l’enfance.
La télévision et le TDA/H
De récentes recherches démontrent que le fait de regarder la télévision met le jeune en position d’observateur actif et stratégique sur le plan cognitif (l’enfant analyse et réfléchit intérieurement sur le scénario présenté). Parallèlement, d’autres recherches ont démontré que le nombre d’heures passées à regarder la télévision, les habitudes d’écoute et les préférences dans le choix des émissions sont sensiblement les mêmes entre les enfants hyperactifs et les autres enfants.
Une autre étude démontre que, contrairement à la
croyance populaire, les enfants avec le TDA/H ne restent pas assis " collés
devant l’écran ". En effet, leur attention est plutôt diminuée
de moitié lorsqu’on les compare aux enfants normaux. D’autres recherches
démontrent que les enfants hyperactifs sont moins attentifs devant
la télévision que leurs pairs lorsqu’il y a des jouets (éléments
distrayants) dans la même pièce. Cependant, en l’absence de
ces éléments, ceux-ci obtiennent des résultats similaires
aux autres enfants.
Les jeux vidéos et le TDA/H
Des chercheurs ont demandé à un groupe d’enfants hyperactifs et à un groupe d’enfants normaux d’effectuer trois tâches. La première était de jouer à des jeux vidéos. La seconde était de regarder des dessins animés à la télévision et la dernière consistait à effectuer une tâche monotone en laboratoire. Les résultats démontrent que les enfants hyperactifs sont plus facilement distraits que les enfants de l’autre groupe dans les trois tâches. Ainsi, contrairement à la croyance populaire, les enfants hyperactifs ne demeurent pas " figés devant l’écran ". En effet, lorsqu’ils exécutent les deux premières tâches, ils bougent régulièrement sur leur chaise et leur attention est régulièrement attirée à l’extérieur de l’écran. Néanmoins, les enfants des deux groupes ont un niveau d’attention plus élevé lorsqu’ils jouent à des jeux vidéos ou lorsqu’ils regardent des dessins animés que lorsqu’ils exécutent une tâche monotone en laboratoire.
L’inattention des enfants hyperactifs ne semble pas entraîner un impact négatif sur la compréhension de l’histoire présentée dans les dessins animés. Par contre, cette inattention est associée à une baisse de performance dans l’exécution de la tâche en laboratoire ainsi que dans le pointage obtenu lorsqu’ils jouent aux jeux vidéos.
De plus, les auteurs mentionnent que la complexité du jeu vidéo n’entraîne pas de résultat différent entre les garçons hyperactifs et ceux de l’autre groupe.
Pour expliquer ces résultats, l’auteur s’appuie sur le modèle théorique de Barkley (1994). Ce modèle explique que de faibles inhibitions du comportement entraînent des répercussions sur les autres fonctions exécutives, dont la régulation du langage interne (discours intérieur). Cette dernière fonction s’avère être un outil essentiel à la maîtrise de soi. Ainsi, lorsqu’ils jouent à des jeux vidéos, les enfants hyperactifs vivent souvent plus d’échecs car une faible maîtrise de soi amène le joueur à ne pas faire marche-arrière (avec le personnage du jeu vidéo) lorsque se présente un obstacle.
De surcroît, une analyse approfondie des comportements des enfants ayant un TDA/H montre que leur tendance à parler lorsqu’ils jouent à des jeux vidéos ne serait pas le reflet d’une inattention mais refléterait plutôt le désir de contrôler ou de négocier avec le personnage (Ex. : Oh non ! Ne va pas par là ! Ce genre de discours " extériorisé " devient habituellement plus " intériorisé " au cours du développement de l’enfant. Il a cependant été démontré que les enfants hyperactifs ont souvent un discours moins mature que celui des autres enfants, car il demeure souvent de type " extériorisé ". Cette difficulté peut être reliée à la maîtrise de soi (contrôle de ses actions, de ses paroles et de certains comportements).
En résumé, les résultats de recherches viennent
confirmer les observations des parents à l’effet que les enfants
hyperactifs présentent moins de symptômes lorsqu’ils sont
engagés dans une activité qu’ils aiment (jeu vidéo,
par exemple). Cependant, il est impossible d’affirmer que les enfants hyperactifs,
engagés dans de telles activités, adoptent les mêmes
comportements que les enfants normaux et qu’ils ne présentent plus
de symptômes. En effet, les recherches actuelles démontrent
que les enfants hyperactifs bougent, parlent beaucoup et demeurent assez
agités même lorsqu’ils effectuent leurs activités préférées.
Implications cliniques
Les auteurs suggèrent de guider l’enfant lorsque vient le temps
de choisir un programme télévisé ou un jeu vidéo
en tenant compte du contenu et du niveau de difficulté (pour les
jeux vidéos). De surcroît, le fait de jouer à des jeux
vidéos en famille permettrait à l’enfant d’apprécier
ces moments, en évitant les échecs et la frustration.
Titre : Television, Videogames and ADHD : Challenging
a Popular Belief
Auteur : Tannock, Rosemary, Ph.D.
Source : ADHD report, Vol.5, p.3-7, 1997.