THÉORIE DU BUT, MOTIVATION ET RÉUSSITE SCOLAIRE : REVUE ET INTÉGRATION DE LA RECHERCHE

par Pierre Bouchard, psychologue
Commission scolaire de Laval




Introduction

Le présent article examine les grandes orientations de la recherche ainsi que les progrès réalisés récemment dans la compréhension de la réussite scolaire. Nous verrons que la  qualité de l’apprentissage de l’élève de même que sa volonté à poursuivre son apprentissage dépend de l’interaction entre (1) la nature des buts scolaires et sociaux, (2) les propriétés de ces buts sur le plan de la motivation et (3) les structures de renforcement de la classe.

Les recherches examinées se situent dans une perspective historique qui établit une distinction entre la motivation en tant que pulsion (drive) et la motivation en tant que but. Cette distinction, bien qu’arbitraire, s’avère tout de même utile puisque chacune de ces théories contribue à sa façon à une meilleure compréhension de ce qui motive un individu. Par exemple, la théorie du but n’offre pas de réponse quant aux raisons pour lesquelles un individu choisit un but plutôt qu’un autre alors que ce problème est au cœur même de la théorie dynamique des tendances.

La motivation en tant que pulsion suppose un état interne, un besoin ou une condition qui pousse les individus à l’action. Dans cette tradition de pensée, on voit s’élaborer au début des années soixante une théorie dynamique de la motivation selon laquelle tout comportement de réalisation résulte d’un conflit émotionnel entre la poursuite du succès et l’évitement de l’échec. Ces deux états de motivation obéiraient à une dynamique conçue surtout en termes d’émotions : d’une part, l’espoir du succès et l’anticipation de gagner ou de surclasser les autres encourageraient les individus orientés vers le succès à viser l’excellence.  D’autre part, les émotions associées à la honte mèneraient les personnes à éviter les situations dans lesquelles elles croient avoir de fortes chances d’échouer. Le déséquilibre entre ces deux facteurs déterminerait la direction, l’intensité et la qualité des comportements. Selon cette vision, les individus voulant éviter l’échec auraient tendance à éviter toutes les tâches à moins que des agents d’incitation extrinsèques tels que l’argent ou la menace de punition ne soient introduits pour surmonter leur résistance.

La recherche suivant la tradition de motivation en tant que but pose comme postulat, d’une part, que toute action acquiert un sens, une direction et une intention par les buts visés et d’autre part, que la qualité et l’intensité du comportement changeront si ces buts changent. L’avantage de la théorie du but est d’offrir un substitut pratique à un concept, celui de motivation, dont la nature demeure imprécise. En renforçant certains buts, les enseignants peuvent changer les raisons pour lesquels les élèves apprennent, ce qui équivaut à changer leur motivation. La présente analyse n’a pas besoin d’ultimes définitions ou clarifications théoriques et peut d’ores et déjà examiner les mesures pratiques requises pour s’adresser à de pressants problèmes reliés à la motivation.


La théorie du but

Les buts de réussite exercent une influence sur le succès scolaire en agissant sur la qualité des processus d’autorégulation cognitive. Cette autorégulation consiste en un engagement de l’élève dans son propre apprentissage et inclut : (1) l’analyse des exigences inhérentes aux travaux scolaires, (2) la planification et la mobilisation par l’élève de ses ressources afin de répondre à ces demandes, (3) la régulation de ses progrès dans la réalisation de ses travaux. Les buts de réussite influencent la qualité, la synchronisation et la pertinence de stratégies cognitives qui contrôleront à leur tour la qualité des réalisations de l’individu.

Deux catégories générales de buts ont fait l’objet d’études : les buts d’apprentissage et les buts de performance. Les buts d’apprentissage seraient ceux qui augmentent la compétence, la compréhension et l’appréciation de ce qui est appris alors que les buts de performance, aussi appelés buts d’ego ou buts de prestige, consistent à faire mieux que les autres afin d’accroître son statut d’habileté aux dépens des pairs.

Les buts d’apprentissage mènent à une qualité de l’autorégulation cognitive des élèves. Ces derniers font plus d’efforts (1) pour gérer la compréhension de ce qu’ils apprennent, c’est-à-dire, reconnaître qu’ils en savent assez pour les exigences de la tâche et, si tel n’est pas le cas,  (2) pour employer des stratégies d’organisation telles que la paraphrase et le résumé et (3) ils font des attributions positives et adaptatives quand occasionnellement ils ne parviennent pas à comprendre. Ces élèves croient que l’effort est la clé du succès et que l’échec, s’il survient malgré l’effort, ne signifie pas qu’ils sont incompétents mais qu’ils n’ont tout simplement pas utilisé de bonnes stratégies d’apprentissage. Les bénéfices à adopter une orientation selon des buts d’apprentissage s’étendent aussi aux réactions affectives. Les individus éprouvent des sentiments de satisfaction et de fierté s’ils connaissent le succès et ne manifestent pas d’anxiété en cas d’échec.

L’adoption de buts de performance mène à des stratégies mécaniques et superficielles et non à un traitement de l’information en profondeur. Pour bien comprendre l’effet des buts de performance sur l’apprentissage, la recherche a dû distinguer les buts de performance en tant qu’approche et les buts de performance en tant qu’évitement. Les élèves centrés sur une performance en vue du succès fournissent des efforts considérables dans des stratégies d’études hautement sophistiquées, ce qui n’est pas surprenant puisqu’ils visent à être meilleurs que les autres. Les sujets centrés sur une performance en vue d’éviter l’échec font peu d’efforts et persistent peu dans la tâche.  

La recherche ne permet pas encore vraiment de comprendre comment la poursuite de buts sociaux à l’école est reliée à la réussite scolaire. Il est cependant possible d’en tracer certains principes généraux : (1) la poursuite de buts sociaux tels que se faire des amis ou être responsable pour les autres est une priorité personnelle pour les enfants de tous les âges, (2) l’élève qui poursuit de tels buts a plus de chances d’être aimé et respecté par ses pairs, (3) les comportements sociaux positifs tels que la coopération, le partage et la conciliation sont associés au succès scolaire (4) de tels buts influenceraient la réussite mais en plus ils interagiraient avec la nature des buts scolaires pour influencer la réussite. Les buts d’apprentissage (explorer, expérimenter et découvrir) dépendent de l’assentiment et même de la coopération des autres alors que l’objectif principal des buts de performance est à l’opposée de valeurs sociales positives puisqu’il implique le sabotage, la tromperie et la résistance à coopérer.

La réussite scolaire de certains enfants pourrait être compromise à cause de conflits directs entre certains buts sociaux et les buts de l’école. À cet égard, le dilemme que connaissent plusieurs élèves de groupes minoritaires offre un parfait exemple. Afin de réussir à l’école, ces derniers doivent accepter les valeurs de groupes dominants (compétition, autonomie, indépendance) dans certains cas incompatibles aux valeurs de leur propre héritage culturel. Ils se trouvent alors en position de trahir leur groupe d’appartenance et certains peuvent même subir pour cela la désapprobation de leur famille et des pairs.

    La réussite scolaire dépend d’une composition dynamique de divers buts et les enseignants constituent un important facteur modérateur de cette dynamique. Les élèves voudront se rallier à des buts de réussite et d’aide envers leurs pairs s’ils perçoivent que leur enseignant leur accorde de l’importance en tant qu’élève mais aussi en tant que personne. S’ils perçoivent leur enseignant comme peu supportant, ils ne ressentent pas d’obligation à agir de façon socialement responsable et pour eux l’école n’est pas vécue comme une expérience agréable.


Les processus du soi

Malgré l’avancement des connaissances fondées sur la théorie du but, les chercheurs en sont toujours à se demander pourquoi certains individus choisissent certains buts et non d’autres ou poursuivent les buts choisis avec différents degrés d’énergie. Ces questions en mènent plusieurs à penser que les buts poursuivis par une personne seraient peut-être au service de fonctions adaptatives et même de fonctions de survie encore plus fondamentales qu’ils ne l’avaient d’abord supposé. Dans cette ligne de pensée, plusieurs reconnaissent maintenant que ni les modèles de motivation ni les modèles cognitifs ne permettent à eux seuls, de décrire complètement tous les aspects du rendement scolaire et différents concepts pour établir un rapport théorique entre ces deux dimensions sont alors avancés. Dans le cadre du développement de tels concepts, l’approche de la motivation en tant que pulsions suscite alors un regain d’intérêt puisqu’elle a toujours supposé des mécanismes durables et adaptatifs. Cette approche, dans sa plus récente formulation, prend la forme de la théorie de l’estime de soi.

Selon la théorie de l’estime de soi, les buts de réussite que l’élève se donne sont le reflet d’une lutte afin d’établir et maintenir l’estime de soi et le sentiment d’appartenance dans une société qui valorise la compétence et la réussite. La façon dont les élèves définissent le succès sera le facteur le plus important par lequel les mécanismes d’estime de soi agiront sur le niveau de réussite. Une première façon, la plus productive, définit le succès en termes de démarche visant à devenir le meilleur possible, sans tenir compte des réalisations des autres. Les élèves qui adoptent une telle démarche accordent de l’importance à l’acquisition d’habiletés mais en tant que moyen pour atteindre des objectifs significatifs sur le plan personnel. À l’opposé, d’autres élèves  accordent de la valeur aux  habiletés en tant que statut. La compétence consiste  pour eux à être meilleur que les autres sur le plan scolaire et, une fois engagés dans ce processus, ils se voient forcés d’éviter l’échec ou, à tout le moins, d’éviter ce que l’échec implique, c’est-à-dire une perception de soi comme incompétent.

-    Mécanismes d’autoprotection
Un regain d’intérêt est apparu pendant la dernière décennie quant à la nature et les conséquences de stratégies défensives visant à se protéger de l’échec. Les études ont été regroupées en trois catégories sur le plan conceptuel : (1) la protection de l’estime de soi, (2) les stratégies d’auto-handicap, (3) le pessimisme défensif.

La protection de l’estime de soi décrit  une stratégie générale qui consiste à cesser de faire des efforts lorsqu’on risque l’échec. Les perceptions des causes de l’échec (si l’échec survient) demeurent alors ambiguës : elles sont attribuées au fait de ne pas avoir vraiment essayé et non à celui d'être incompétent. Selon cette façon de penser, pour les élèves menacés par l’échec, ne pas tenter de réussir devient une vertu (même si l’inaction se voit habituellement réprimandée par l’enseignant). L’effort devient alors une épée à deux tranchants, valorisé parce que les professeurs le récompensent mais craint pour son potentiel menaçant quant à l’estime de soi (dans le cas d’un échec anticipé).

Le comportement d’autohandicap implique une entrave, réelle ou imaginaire, qui procure à l’individu une excuse toute faite à un possible échec. Cette stratégie inclut une pléiade de tactiques spécifiques telles que de continuelles remises à plus tard ou la visée de buts de réussite très élevés.  En n’étudiant qu’à la dernière minute, l’échec ne peut être attribué au manque d’habilité, mais si l'élève réussit, il paraîtra très capable puisqu’il a réussi avec peu d’efforts. De la même façon, les individus peuvent s’autohandicaper en poursuivant des buts très difficiles à atteindre puisque l’échec, s’il survient, ne peut faire ombrage à leur image ; ils seront toujours perçus comme capables puisqu’en de telles circonstances, personne n’aurait pu réussir de toute façon.

Le pessimisme défensif est une troisième forme de défense. L’individu maintient de façon irréaliste de très faibles attentes de réussite ou réduit indûment l’importance des travaux à faire et il diminue ainsi les sentiments d’anxiété qui le rongent quand il prend trop au sérieux les travaux scolaires.

Les mécanismes d’autoprotection permettent à court terme de ménager l’estime de soi mais à long terme, ils comportent de sérieux coûts, particulièrement si les stratégies d’évitement deviennent des habitudes et s’incorporent à des caractéristiques personnelles pour de longues périodes de temps. À la longue, ces coûts se traduisent par une diminution de rendement, un épuisement émotionnel et une diminution de l’intérêt à réussir.

 Les chercheurs qui adhèrent à la tradition de la théorie de motivation en tant que pulsion ont clairement démontré les liens existants entre la façon d’élever les enfants et les caractéristiques de modes de résolution de conflits selon un mode d’approche/évitement. Leurs études ont établi que les parents d’enfants orientés vers le succès encouragent l’indépendance et l’exploration d’options dans un contexte d’aide chaleureuse et orientante. Ces pratiques parentales accélèreraient chez l’enfant le développement des habiletés requises pour assumer la responsabilité reliée à ses choix et à l’essai de nouvelles idées. Ces parents récompensent les réalisations de leur enfant et ignorent les résultats décevants. Dans le cas des parents de jeunes orientés vers l’évitement, l’attitude est inversée. Les mauvais résultats des enfants sont perçus comme un outrage aux attentes de l’adulte et sont punis en conséquence plutôt sévèrement. La réponse donnée aux succès se limite à une faible marque d’appréciation  voire à de l’indifférence. De tels patrons de pratiques éducatives mènent à des manifestations d’anxiété de performance chronique, d’une incertitude quant à leur valeur personnelle, à de plus fortes chances de comportements d’autohandicap et à des patterns de comportements d’incapacité apprise.


Structures de motivation de la classe

Toutes les classes ont des règles qui serviront à évaluer et récompenser, que ce soit par l’intermédiaire de félicitations, de collants ou de résultats obtenus. Cet arrangement a été comparé à un jeu (un jeu sérieux) par lequel les élèves essaient de gagner le plus de points possibles. Les buts de réussite et les performances scolaires qui s’ensuivent passent par la médiation de mécanismes cognitifs mais les buts eux-mêmes  sont contrôlés par les systèmes de motivation qui prévalent en classe. À cet égard, dans le cadre de l’analogie à un jeu, deux systèmes de motivation ont été l’objet de recherches intensives ces dernières années : les jeux d’habiletés et les jeux d’équité.  

 
Plusieurs classes adoptent des règles qui font de la scolarisation un jeu d’habileté orienté vers l’échec, c’est-à-dire des règles qui encouragent des buts de performance. De tels buts rehaussent le statut d’habileté de l’élève s’il s’avère meilleur que les autres, s’il évite l’échec ou évite ce que l’échec implique, c’est-à-dire l’incompétence personnelle. Ces buts négatifs sont le résultat de la rareté de la récompense (de bons résultats). Cet arrangement se résume en un système à somme zéro. Si un élève (joueur) gagne (des points), d’autres élèves doivent perdre (des points). Les bonnes notes scolaires prennent leur valeur non parce qu’elles indiquent que l’élève a bien appris les notions à l’étude mais plutôt parce qu’elles impliquent qu’il est capable. De faibles notes impliquent un manque d’habiletés et mènent à une dévalorisation de soi.

Les élèves qui vivent des échecs répétés en viennent à se percevoir comme de plus en plus dépourvus d’habiletés qui leur apparaissent alors comme le facteur le plus important dans la compétition pour le succès. Une telle dynamique s’accompagne d’un niveau croissant d’anxiété. Pour d’autres on constate, au contraire, un niveau plus faible d’anxiété accompagné d’un sens accru d’incapacité menant à un état de résignation et d’indifférence croissante aux événements.

Les adeptes de la théorie du but ont mis de l’avant des points de vue radicalement différents quant à la structure de motivation de la classe.  Ils croient que dans la classe le principal obstacle à l’apprentissage est la rareté des renforçateurs, ce qui forcerait la plupart des jeunes à se battre pour éviter l’échec au lieu d’être orientés vers le succès. La solution consiste, selon eux, à établir de nouvelles règles qui reconnaissent l’effort de l’élève, l’amélioration personnelle, la diligence face à la tâche, les progrès réalisés et la correction faite par l’élève de ses propres erreurs d’apprentissage, autant de marques de réussite accessibles à tous, peu importe l’habileté, le statut ou les expériences passées. Les théoriciens du but cherchent à établir des conditions d’équité sur le plan de la motivation.


    Pour établir une telle équité, l’enseignant doit fixer des standards absolus d’excellence qui seront requis pour tous ses élèves et il doit rendre explicite la relation entre l’atteinte du but et la conséquence positive. À ce paradigme de base, s’ajoutent d’autres  composantes reliées à la possibilité de choix de tâche, à l’établissement de buts individuels et à l’autonomie d’action des élèves. La recherche tend à démontrer les avantages du paradigme d’équité lorsqu’il est comparé aux structures compétitives de jeu d’habiletés. Diverses recherches complémentaires ont été identifiées :

1) Des recherches ont évalué l’impact sur la motivation des diverses composantes du paradigme d’équité, prises séparément et isolée l’une de l’autre, lorsque soumis à de rigoureuses conditions de laboratoire. Prenons par exemple les bénéfices supposés de la fixation de buts individuels. Les enfants d’écoles primaires amenés à établir leurs propres buts d’apprentissage percevaient les expériences d’échecs comme temporaires, alors que des sujets comparables ayant adopté un but compétitif interprétaient l’échec comme l’effet d’une incompétence personnelle.

2) Ces résultats obtenus en laboratoires ont aussi été constatés dans les conditions réelles de classes dans un certain nombre d’investigations corrélationnelles. Par exemple, on constate que les étudiants de collège se donnent davantage de buts d’apprentissage s’ils jugent que la classe encourage des buts individuels et leur permet le choix des travaux.

3) Des recherches sur le terrain ont incorporé des éléments du paradigme d’équité. Par exemple, les chercheurs ont réussi à contrôler la qualité et la quantité des travaux d’élèves à risque fréquentant des écoles du premier cycle du secondaire en appliquant la simple règle par laquelle des crédits étaient accordés selon l’amélioration apportée à la suite de rétroactions correctives.

 
Conclusion - Directions futures de recherche

Plusieurs orientations pour de futures recherches ont été envisagées dans cet article :

1) L’orientation la plus importante consiste en un besoin de mieux comprendre la  nature et les coûts de l’écart existant entre les valeurs culturelles d’un grand nombre d’élèves de groupes minoritaires, tant pour ce qui est des buts de l’école que des moyens d’atteindre ces buts. Les valeurs propres à la classe moyenne européenne telles que l’autonomie, l’indépendance et la compétition ne seraient pas les seules voies vers l’excellence personnelle. Plusieurs autres avenues inexplorées propres à d’autres cultures pourraient également s’avérer motivantes et efficaces.

2) Une deuxième proposition fait suite. Même si nous connaissons bien le rôle des buts d’apprentissage scolaire dans la réussite, nous comprenons beaucoup moins comment les buts sociaux s’insèrent dans ce processus. Il y aurait lieu de revenir à la théorie de motivation selon une dynamique de pulsions puisqu’elle fut la première à offrir un modèle selon lequel plusieurs motivations sont à l’œuvre dans toute situation de réalisation de tâches. Le comportement de l’individu pourrait être mieux compris selon les variations du moment et de l’intensité relative de ces motivations. Les perspectives offertes par ce modèle d’action pourraient s’avérer utiles en permettant de rendre compte de la pleine richesse et de la complexité du comportement menant à la réussite.

3) Une troisième proposition découle du fait que notre compréhension de la dynamique de la réussite, telle qu’établie par l’accumulation de connaissances dans le dernier demi-siècle, se limite en grande partie aux élèves œuvrant dans un contexte de buts clairs et définis selon des standards précis qui définissent le succès et l’échec. Nous connaissons beaucoup moins la dynamique de réussite reliée aux apprentissages exploratoires, à l’appréciation et la valorisation de ce qui est appris, de même que le rôle joué par la motivation chez la personne qui poursuit des champs d’intérêts uniques et individuels. Dans le monde de l’exploration, les apprenants ne peuvent dire avec certitude à quoi mènent leurs apprentissages ou encore quelle portion de leurs études ils ont complétée. Ils peuvent seulement affirmer qu’ils ont entrepris une tâche qui ne sera jamais finie. De tels buts d’apprentissage, même s’ils sont intangibles, n’en demeurent pas moins une source de motivation. De fait, le succès ou l’échec se définissent de façon individualisée et non par consensus ou par comparaison aux niveaux de la réussite des autres.


La recherche s’inspirant de la théorie du but condamne la pratique d’une restriction de renforçateurs pour motiver les élèves puisqu’elle constitue une stratégie à courte vue et destructive. Mais une simple condamnation des mécanismes les plus flagrants de compétition, telle que la répartition de performances sur une courbe ne s’adresse pas vraiment à la problématique principale. Le véritable coupable réside en une vision du monde endossée par plusieurs décideurs et même par de simples citoyens, quant à la nature même du processus de scolarisation. Sur le plan métaphorique, cette vision est bien rendue lorsque les écoles sont comparées à des usines : les enfants sont casés dans des rôles de travailleurs dont la tâche est d’apprendre, suivis par le professeur dans un rôle de superviseur dont la tâche consiste à assurer le contrôle de qualité, l’ensemble du processus étant placé sous l’autorité de la commission scolaire. De telles métaphores établissent des coutumes, épousent des idéaux et surtout déterminent des règles  par lesquelles les gens entrent en relation les uns avec les autres, en ce cas, des règles pouvant placer une personne contre l’autre et décourager la coopération. Une autre retombée de ce modèle d’ « usine » est une vision erronée, mais combien tenace, d’enfants en tant  que récipients passifs de connaissances, vision pourtant fort éloignée de celle mise en évidence par la recherche en psychologie, celle d’êtres humains ingénieux, actifs et volontaires.


Titre :     Goal Theory, Motivation and School Acheivement : an Integrative Review
Auteur :    Covington Martin V.
Année :    2000
Source :    Annual Review of Psychology, p.171